Au cœur des années 1970, alors que Porsche, Ferrari et Matra se disputent la suprématie des 24 Heures du Mans, un ingénieur français ose défier les géants. Son nom : Jean Rondeau. Sa création : l’Inaltera Rondeau, une voiture d’endurance née de l’audace, d’un pari industriel inattendu et d’une foi inébranlable dans l’innovation.

L’audace d’un projet hors normes
En 1976, Rondeau parvient à convaincre le fabricant de papiers peints Inaltera de financer son rêve : aligner une voiture française aux 24 Heures du Mans. L’idée peut sembler improbable, mais elle va se révéler visionnaire. À une époque où les budgets colossaux dictent la hiérarchie, l’Inaltera veut prouver qu’une petite équipe peut rivaliser avec les plus grands grâce à l’intelligence de sa conception et à la rigueur de son exécution.
La voiture repose sur un châssis monocoque en aluminium, léger et rigide, associé à un moteur Ford-Cosworth DFV V8 de 3 litres, réputé pour sa fiabilité. L’aérodynamique, affinée en soufflerie, lui confère une stabilité remarquable sur les longues lignes droites du circuit de la Sarthe. Tout est pensé pour la performance, mais aussi pour la durée, condition sine qua non de l’endurance.

Le Mans 1976 : l’outsider qui surprend
Lors de sa première participation aux 24 Heures du Mans 1976, l’Inaltera ne décroche pas la victoire absolue, mais elle marque les esprits. Engagée en catégorie GTP, elle s’impose face à des adversaires mieux dotés grâce à sa fiabilité et au talent de ses pilotes. Des noms prestigieux se relaient à son volant : Jean-Pierre Beltoise, Henri Pescarolo… des légendes du sport automobile français.
Cette performance démontre qu’une équipe indépendante peut rivaliser avec les géants internationaux. Plus qu’une course, c’est un signal : l’ingéniosité et la passion peuvent renverser les certitudes établies.

Héritage d’une pionnière
Si l’Inaltera n’a pas offert à Rondeau la victoire absolue, elle a ouvert la voie. Trois ans plus tard, Jean Rondeau fonde sa propre marque et entre définitivement dans l’histoire en 1980 : il devient le seul pilote-constructeur à remporter les 24 Heures du Mans. Un exploit jamais réédité.
Aujourd’hui, l’Inaltera est célébrée comme une voiture mythique, symbole d’audace et de liberté dans un univers dominé par les grandes puissances industrielles.
La renaissance de la 001
Presque un demi-siècle plus tard, la toute première Inaltera – la 001 – connaît une nouvelle vie. En 2023, elle est vendue par Cars for Drivers Switzerland SA et rejoint la collection d’un passionné suisse, décidé à lui redonner sa place légitime : celle d’une machine de course. Pour ce faire, il confie la voiture aux ateliers Burgol Racing, à Genève, spécialistes réputés de la restauration de voitures historiques de compétition.
Pendant six mois, les artisans s’emploient à restituer l’authenticité de la 001, tout en la préparant pour les compétitions historiques. Chaque détail est scruté, chaque pièce travaillée avec un soin extrême, de la mécanique à l’esthétique. Objectif : lui offrir une seconde jeunesse, sans trahir son héritage.
Le retour sur piste
En mars 2024, la 001 fera son grand retour, dévoilée sur le légendaire circuit Paul Ricard. Une résurrection qui ne sera pas qu’un simple hommage : la voiture retrouve l’asphalte, prête à revivre l’adrénaline de la course.
Plus qu’un objet de collection, l’Inaltera 001 redeviendra ce qu’elle a toujours été : une légende vivante, symbole de passion, d’ingéniosité et de l’infatigable désir de préserver le patrimoine du sport automobile.




























